
J’aurais voulu, avant de partir, ne pas laisser la Terre dans cet état : l’état dans lequel les hommes l’ont mise, la pauvre n’y est pour rien.
Elle a porté en son sein la puissance créatrice des éléments primordiaux, les briques de la vie qui en sont les témoins.
Elle a porté l’eau et les premiers organismes. Elle était joyeuse.
Elle a vu les plantes et les animaux sortir de l’eau, elle les a nourris, protégés, mais laissé vivre librement, selon leurs instincts. C’était des enfants turbulents mais joyeux comme elle.
Puis, elle a vu et soutenu l’émergence de l’Homme, promesse de conscience. Et le cadeau de cette Terre aux humains, qu’en ont -ils fait ?
Ils se sont évertués à la trouer de toutes parts, en lui arrachant la peau, la brûlant, lui soutirant toutes ses richesses, la salissant des crachats de leurs déchets.Elle ne s’est pas défendue. Elle a laissé
faire, confiante,attendant que ses enfants reviennent à la raison.
Mais rien n’y a fait : ils sont passés de la folie douce à une psychose endurcie et chronique, que rien n’a pu raisonner.
Dans leur folie, les Hommes ont cru à leur toute-puissance, mais la violence qu’ils ont imposée à la Terre-Mère leur est retombée dessus par la force naturelle des choses.
A force de braver les lois de la Vie, après avoir tout détruit autour, ils sont tombés dans l’abime de leur folie, dans la destruction d’eux-mêmes. Certains penseront « C’est bien fait ! Juste retour des choses ! » La Terre elle, a pleuré. Elle a pleuré l’échec de ses enfants car elle les a toujours aimés.
Dans ce triste désert, le temps a passé. Quelques milliers, quelques millions d’années. Au rythme du temps long, la surface de la Mère a commencé peu à peu à cicatriser. L’absence de l’homme lui a enfin laissé le temps de soigner ses plaies.
Les quelques humains ayant survécu à cette destruction, traumatisés par ce carnage, se sont rassemblés, se sont assis par terre sur la peau de leur Mère, et n’ayant rien d’autre à voir dans ce désert, ils ontregardé au dedans-d’eux. Ils ont revu, commedans un film à l’envers, le chemin qui les avait conduits jusque-là. Ils ont vu le déchirement du tissu humain, la violence des guerres qui ont tué leurs frères par milliers.
Ils ont regardé au dehors. Ils ont vu l’état de la Terre-Mère, ils ont vu la torture que leur race lui avait fait subir, alors qu’elle avait tout créé et porté avec amour. Ils ont eu honte. Enfin il ont eu honte !
Les uns après les autres, lentement, ils se sont levés. Ils ont pris dans leur bras leurs quelques sœurs et frères survivants, en se demandant pardon chacun et chacune.
Puis, ensemble, ils ont demandé pardon à la Terre, pardon à la Vie de l’avoir bafouée. Ils se sont fait un serment : respecter la loi immuable qui emplit le cosmos pour qui sait regarder : l’amour inconditionnel.
Ils ont compris que seule leur Mère pouvait la leur enseigner. Alors, ils se sont tus profondément pour apprendre à écouter, à regarder, à sentir.
Alors la Terreleur a parlé, leur a montré. Tout était sous leur yeux.
Le temps s’est arrêté.
C’était le début du monde, le début de l’Homme.
C’est demain.